la dermopigmentationdes sourcils et des cils

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cancer

Andréa Cornez

Dans le processus de reconnexion à soi et à son image, retrouver un regard grâce à la dermopigmentation suite à une alopécie est une étape importante. Recréer des sourcils, tracer une ligne d’eye-liner va redonner au visage sa structure et atténuer fortement le ressenti du masque du cancer. Isabelle Paelinck nous explique son métier et sa passion pour l’onco-esthétique.

Oncobulle : Isabelle, peux-tu nous dire en quoi consiste la dermopigmentation des sourcils et des cils ?

Isabelle : En dermopigmentation ou maquillage permanent, le praticien va redessiner grâce à un appareillage spécifique, les sourcils et une frange intracilliaire pour les patients qui ont été victimes d’une alopécie suite à la chimiothérapie. Au préalable de la réalisation du tatouage, des mesures très précises sont prises par le praticien pour respecter la structure du visage. La frange intracilliaire est réalisée en trompe-l’œil et va donner l’impression que les cils sont encore présents et rhabiller le regard du patient.

En quoi cette étape est-elle importante ?

La perte des cheveux, des sourcils et des cils est un moment charnière durant le cancer. Si le patient pouvait encore « faire comme si », son image est soudainement et radicalement impactée et la maladie s’affiche tous les jours dans son miroir. Lui redessiner un regard, le reconnecter à son image va lui donner une force complémentaire et nécessaire pour affronter le cancer. En termes d’estime de soi, de confiance en soi et pour pouvoir assumer le regard des autres, cette étape est vraiment essentielle, j’en ai un retour reconnaissant des patients.

Quel est le processus ?

Il s’agit d’une technique qui s’apparente au tatouage, je travaille avec des aiguilles et des pigments. Je pré-dessine d’abord les sourcils et je montre le résultat au patient, une fois qu’il a marqué son accord, le travail peut commencer. Le processus se fait en deux fois, une retouche est nécessaire car les pigments sont placés dans la peau et le dessin s’atténue. Mon intervention se fait avant la chimiothérapie ou après celle-ci tenant compte des paramètres de santé du patient.

Quelles sont les réactions des patients ?

D’abord inquiets, c’est un moment très chargé en émotion quand le patient voit le résultat et se « retrouve » dans le miroir. Il se reconnecte à son image et il se distancie de l’image et du masque du cancer provoqué par l’alopécie.

Pourquoi avoir choisi ce métier ?

Je voulais que mon œil et ma main d’artiste se mettent au service des autres. J’ai été confrontée à la maladie via deux amies. Je me suis rendu compte à quel point il était important pour elles de garder, pendant le cancer, une image d’elles-mêmes qui ne soit pas stigmatisante. La féminité est touchée et le contact avec ce reflet de soi-même blessé est difficile à vivre jour après jour. Il en va de même pour les hommes, car un regard c’est souvent le premier échange qu’on a lorsqu’on rencontre une personne, le perdre c’est un peu se perdre. C’est pour moi un vrai bonheur de pouvoir recréer ce qui a disparu et rendre au patient une partie de ce qu’il a perdu. C’est aussi, pour moi, l’essence de l’onco-esthétique, veiller au bien-être du patient pour l’entourer et le soutenir dans son parcours face à la maladie.